Ouverture du marché de l'énergie. Immobilier : attention danger !
A partir du 1er juillet 2007, les particuliers auront désormais la faculté de choisir librement leurs fournisseurs d’électricité et de gaz. Le dispositif envisagé et les modalités pratiques de sa mise en œuvre dans le domaine de l’immobilier ne sont pas sans susciter certaines interrogations et inquiétudes.
Le secteur professionnel est déjà libéralisé depuis 2004, or l’expérience montre que les prix attractifs proposés au début de la libéralisation du marché de l’énergie se sont ensuite « envolés ». Si, jusqu’au 1er juillet 2007, les entreprises disposent d’un « droit de repentir » pour revenir à des contrats à prix encadrés, les particuliers, quant à eux, ne bénéficient pas de ce droit de retour. Il n’y a donc pas de droit à l’erreur !
Où est le danger ?
Le choix effectué par le propriétaire ou son locataire est irréversible et attaché au logement.
En effet, l’option permettant de choisir librement son fournisseur d’énergie est rattachée au logement lui-même, qu’il soit occupé par son propriétaire ou par un locataire. Négocier un nouveau contrat (une offre de marché) avec EDF, GDF ou avec un autre fournisseur a pour conséquence l'abandon définitif, par le client, du régime des tarifs réglementés pour le logement concerné. Ainsi, même en cas de changement d'occupant, le nouveau locataire, le nouveau propriétaire ou le propriétaire bailleur souhaitant reprendre son logement, est lié par le choix de l’occupant précédent. Il pourra éventuellement changer de fournisseur mais ne pourra plus revenir au tarif réglementé. Cette irréversibilité attachée au logement créera forcément des litiges entre propriétaires et locataires, face auxquels les administrateurs de biens se trouveront confrontés, sans solution pratique. Un propriétaire ne peut tolérer d’être lié, pour toute la durée de détention de son bien, par un choix réalisé auparavant par un occupant qui ne sera resté que quelques mois ! Malgré les efforts de l’Etat français, voici donc une nouvelle disposition résultant du droit européen qui risque d’être handicapante à l’heure où l’on cherche à redonner confiance aux bailleurs en les incitant à remettre leurs biens sur le marché de la location.
Concrètement, en cas d’évolution défavorable des tarifs du marché libre par rapport aux tarifs réglementés, la fourniture aux tarifs réglementés pourra devenir un argument de vente ou de location (notamment pour les logements énergivores, entièrement chauffés à l’électricité par exemple). Inversement, le choix d’une offre du marché libre, entraînant l’abandon irréversible de ces tarifs, pourra sans doute s’avérer être un facteur objectif de négociation voire de dépréciation.
Quelle attitude adopter pour les professionnels immobiliers ?
Le professionnel, qu’il soit agent immobilier, administrateur de biens ou syndic de copropriété, devra se prémunir contre les difficultés liées à cette question d’irréversibilité attachée au logement. La FNAIM recommande ainsi à ses 11 500 adhérents d’informer les acquéreurs, à l’occasion des ventes immobilières, lorsque le vendeur aura, préalablement à la vente, opté pour une offre du marché libre.
Enfin, dans le cadre des rapports locataire / bailleur, la question se pose du caractère légal d'une obligation contractuelle qui imposerait au locataire de conserver un abonnement au tarif réglementé et de ne le résilier qu’avec l’accord préalable et écrit du bailleur. Aucune disposition législative n'envisage encore cette situation ; l’équilibre étant difficile entre libre concurrence et respect du droit de propriété. René Pallincourt, Président de la FNAIM, rencontre d’ailleurs la semaine prochaine la Commission de Régulation de l’Energie à ce sujet. |